POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 

DOSSIER

La cape, le sabre et l’épée


Toutes les lames de la terre

Adrien Gombeaud


Rex Ingram

Scaramouche, chef-d’œuvre de biais

Fabien Baumann


De Lagardère à Monte-Cristo

L’art de tuer en France

Yannick Lemarié


Entretien avec Claude et Michel Carliez,

maîtres d’armes

Adrien Gombeaud


Capa e spada “all’italiana”

Emilio Salgari, des Caraïbes à la Malaisie

Jean A. Gili


Les Musumeci Greco,

une dynastie italienne

Lorenzo Codelli


Une épée de substitution

Michel Cieutat


L’heroic fantasy à la croisée des genres

Évolution ou régression ?

Pascal Binétruy


Les Chevaliers de la Table ronde

ou le film d’armure et d’épée

Sandra Gorgievski


Souvenirs d’Excalibur

John Boorman


Lames et fourreaux japonais

Hubert Niogret


À double tranchant

Les armes blanches dans le wuxiapian

Jean-Étienne Pieri


Entretien avec Kai Tong

À l’époque, le public aimait le sang

Bede Cheng et Lorenzo Codelli


Chorégraphie du duel

Vole comme le papillon, pique comme l’abeille

Franck Kausch


Personnages mythologiques


Femme Pirate : corsaire et corset

Nicolas Bauche


Zorro, une lame américaine ?

Florent Fourcart


Les interprètes de l’aventure


Douglas Fairbanks, sur tous les fronts

Hubert Niogret


Errol Flynn et Michael Curtiz,

élan vital et amour courtois

Christian Viviani


Stewart Granger l’ambigu

Eithne O’Neill


Le bretteur aux yeux de braise

Tyrone Power

Jean-Loup Bourget


Les trésors n’ont plus d’île

Johnny Depp contrebandier

Fabien Gaffez


DVD

Capitaine de Castille et Prince Vaillant

Christian Viviani



ÉDITORIAL

Cannes-épées


La Belle Époque connut les cannes-épées, arme prohibée. En rapprochant les œuvres montrées à Cannes et les films de cape et d’épée, nous ne faisons rien d’interdit, mais nous ferraillons contre une division de sapeurs barbus et barbants : elle fait sauter les ponts entre les joies de l’aventure et les austères béatitudes de l’art, mine les tunnels entre le cinéma d’auteur et celui qui s’applique à plaire, élève un barrage entre les films de festival et les films de genre, coupe les chemins qui lient les classiques d’autrefois aux chefs-d’œuvre d’aujourd’hui.

Nous n’admettons aucune de ces distinctions. Elles sont anciennes : en 1920, les doctes opposaient déjà les « sacerdotes de l’art » aux marchands du temple ; ils suscitaient par là la méfiance du public à l’endroit des artistes qu’ils défendaient. Une sociologie vissée à l’américaine destine encore le mainstream aux bandes abruties du populo et réserve le grand art aux bobos, ces snobs hypocrites. La séparation ne souffre pourtant aucun débat. Tous les films ont un auteur : c’est une nécessité pour les spectateurs, même quand ce n’est pas un fait historique ; pour des raisons semblables, tous ressortissent à un genre qui facilite leur compréhension ; tous veulent plaire et relèvent du même jugement de goût ; l’entrée dans les salles est payante, art ou non. Film de festival ? c’est une insulte vile : comme les festivals sont un peu nombreux, quelques films, ne trouvant pas d’issue, circulent de l’un à l’autre ; cela tient soit à leur faiblesse, soit aux difficultés ou à la pusillanimité des entreprises de distribution ; mais aucun cinéaste n’aime à œuvrer en circuit fermé.

Le cinéma a son unité. Les partisans de sa division ne se sont guère souciés de justifier leur thèse. Ils la présentent comme une évidence, sûr indice du préjugé ; elle a toujours une fonction polémique. C’est par là qu’elle contredit le plus vivement et contrarie le plus violemment la construction d’une culture cinématographique. Celle-ci requiert en effet que les duels et les pensées, les bonds et les accès de mélancolie, la grâce du mouvement et l’âpreté des passions et des misères humaines puissent être saisies dans une même forme. Voilà sans doute la cause de l’entêtement des uns et des autres : ni les fidèles de l’élévation artistique ni les tenants du divertissement ne tolèrent que la raison cinématographique de leur admiration tient à ce que tout a été remis à la réalisation concrète. C’est cette plénitude particulière qui les fâche. Certains veulent la traiter comme une réunion de signes, beaucoup d’autres se contentent d’y voir un jeu d’images, et la tentation demeure de séparer la signification et l’amusement, quand ce ne serait que pour préserver la nature éthérée du sens. Le propos du cinéma, qui reste neuf, consiste pourtant à mettre en chantier l’idée que toute l’humanité se manifeste et que cette manifestation se passe d’exégèse. Cela implique, si l’on entend la gravité du principe, que l’existence des individus fasse l’objet de leur part d’une conscience et d’une activité esthétiques. Et c’est ainsi que de la canne bourgeoise et prudente peut jaillir une arme dangereuse. Nous voyons des films, ce n’est rien. Des histoires de pirates ou des drames contemporains. Mais cette équivalence dénonce par force un intérêt : celui que nous prenons à notre propre visibilité, permanente et volontaire, cette partie de la condition humaine que la plupart des hommes méconnaissaient ou tenaient pour étrangère à leur être ; il n’est pas moins engagé par les aventures spirituelles que par les aventures romanesques. Il n’a rien de superficiel ni de narcissique. L’expérience du cinéma contribue au contraire à le plonger dans l’inquiétude et dans l’ombre.

Alain Masson

POSITIF 593-594 | Juillet-Août 2010


SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Cannes 2010


Cannes, 63e édition

Michel Ciment


Notes sur les films

Michel Cieutat, Michel Ciment, Lorenzo Codelli, Matthieu Darras, Olivier De Bruyn, Élise Domenach, Fabien Gaffez, Franck Garbarz, Philippe Niel, Hubert Niogret, Philippe Rouyer, Vincent Thabourey, Yann Tobin


Stephen Frears


Tamara Drewe

Le nez de Tamara

Fabien Gaffez


Entretien avec Stephen Frears

Refaites la même chose, mais plus vite

Michel Ciment et Yann Tobin


Les films


City of Life and Death

de Lu Chuan

Hubert Niogret


Copacabana

de Marc Fitoussi

Alain Masson


Toy Story 3

de Lee Unkrich

Eithne O’Neill


Tournée

de Mathieu Amalric

Michel Cieutat


L’Autre Monde

de Gilles Marchand

Nicolas Bauche


L’Arbre

de Julie Bertucelli

Philippe Niel


La bocca del lupo

de Pietro Marcello

Jean A. Gili



Notes sur les films de A à Z


Air Doll, Les Amours secrètes, Année bissextile, Le Caméléon, Chatroom, Cleveland contre Wall Steet, Dirty Diaries, La Disparition d’Alice Creed, Dog Pound, Film socialisme, L’Heure du crime, Infectés, Insoupçonnable, Je vous aime très beaucoup, Maniquerville, Marga, Nannerl, la sœur de Mozart, Norteado, Le premier qui l’a dit, Prince of Persia : les sables du temps, Question de cœur, Splice, Summer Wars, La Tête en friche, La Vie sauvage des animaux domestiques, Voyage secret, Yo también


PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Souvenirs de Roman Polanski

Jerzy Skolimowski


Bloc-notes


Mai en cinéma

Où gît ton sourire enfoui ?

Franck Kausch


Chantier de réflexion


La vie comme chemin de croix

À propos d’After Hours et A Serious Man

Baptiste Roux


Hommage


Furio Scarpelli 1919-2010

Avec ou sans Age

Jean A. Gili


Dede Allen 1923-2010

Jean-Pierre Berthomé


William Lubtchansky 1937-2010

François Thomas


Notes festivalières


Créteil et Ankara, films de femmes

Udine, Far East Film Festival


Notes de lecture


Bernard Blier : un homme façon puzzle ;

Michel Simon, l’art de la disgrâce et Le Mythe Deneuve ;

Ma vie balagan


Notre sélection DVD


Méliès encore

Daratt de Mahamat-Saleh Haroun

SerialPolar

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80 cinéastes vus par Positif & Nicolas Guérin

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