POSITIF
POSITIF
REVUE MENSUELLE DE CINÉMA
DOSSIER
2000-2009, bilan d’une décennie
L’étoilement des perspectives
Vincent Amiel
La liquidité est-elle cinématographique ?
Yannick Lemarié
Une histoire sans finalité
Alain Masson
Dix ans d’Extrême-Orient
Inventions et mutations du « cinéma asiatique »
Adrien Gombeaud
De Ground Zero à Pandora
Le spectacle américain après le 11 Septembre
Pierre Berthomieu
Je suis un héros de film français
Fabien Baumann
Les films les plus marquants de la décennie
Listes des dix films des rédacteurs
Les réponses des lecteurs
ÉDITORIAL
Une décennie dans le noir
C’est Marie Rivière qui nous a ouvert la porte. Elle sortait, nous nous sommes faufilés dans cet appartement un peu décati, rue Pierre Ier-de-Serbie, dans les très beaux quartiers de Paris. Le vieux monsieur voûté, au visage effilé, nous a escortés, Adrien Gombeaud et moi, vers son bureau au paisible fouillis. Sur mon agenda 2009, il reste écrit, au 11 mars : « ITW plage Rohmer !!! » L’idée d’un entretien entièrement consacré à la plage dans son œuvre ne l’a pas surpris, peut-être juste amusé. Méthodiquement, mais dans le désordre, Éric Rohmer nous a donc commenté tous ses films balnéaires, du premier plan de La Collectionneuse sur Haydée Politoff qui « se promène sur la plage, en maillot de bain, seule », jusqu’à Conte d’été et à sa baie de Dinard bondée que traverse Melvil Poupaud, suivi par la caméra « en panoramique, d’un bout à l’autre ». Plus que tout, il s’intéressait aux détails techniques. On a évoqué Truffaut et Godard, les plages des Quatre Cents Coups et de Pierrot le Fou. Rohmer a fait la moue : « Moi, à Biarritz, à Dinard ou dans la plage de Pauline…, j’ai voulu montrer des plages vivantes. Des plages où l’on ne voit pas le travail du cinéaste » (Positif « à la plage ! », hors-série n° 2, été 2009, pp. 51-55).
Avoir rencontré Éric Rohmer quelques mois avant sa mort, avoir parlé avec lui de ses premières vacances à la mer, des marées, du bruit du vent, du micro qu’il cachait dans le soutien-gorge de ses actrices, restera l’un de mes grands souvenirs cinéphiliques de la décennie. Nous en avons tous… Tous les rédacteurs de la revue (et plusieurs centaines de lecteurs) se sont amusés à dresser la liste des dix œuvres qui les ont le plus marqués depuis le 1er janvier 2000. Vous en découvrirez le palmarès, ainsi qu’une esquisse de bilan rétrospectif, dans la dernière partie de ce numéro. Cette liste correspond-elle à la vôtre ?
Mais déjà s’ouvre une autre décennie. D’autres films nous attendent, de cinéastes émergents (le Coréen Bong Joon-ho, l’Israélien Samuel Maoz) ou confirmés (Andrzej Wajda, Jacques Perrin), dont ce numéro rend aussi compte. Dans dix nouvelles années, à quoi le cinéma ressemblera-t-il ? L’effet relief se sera-t-il généralisé ? Le masque de visionnage individuel aura-t-il supplanté les écrans ? Je n’en crois rien. C’est dans le noir de la salle, encore et toujours, qu’on aimera se plonger. Savez-vous qu’à raison d’un seul film de cent minutes par jour en moyenne (à la télé, en DVD ou au cinéma), un cinéphile passera en dix ans huit mois complets, jour et nuit, dans l’obscurité ? Qu’allons-nous y voir ? Je rêve à My F*** Lady, un remake sadomaso de My Fair Lady signé Quentin Tarantino, dans lequel le couple gay formé par le professeur Higgins (Brad Pitt) et le colonel Pickering (John Travolta) ne se contenterait pas, comme chez Cukor, de menacer Eliza Doolittle (Natalie Portman) de cuisantes fessées mais se permettrait quelques privautés « médiévales » sur son derrière. J’attends un retour de Wong Kar-wai à Hong Kong, pour quelques comédies burlesques dans les marchés de la ville, avec courses-poursuites et éboulis de fruits mûrs. J’espère un film d’amour heureux que tournerait Jacques Audiard, avec du soleil et des corps lumineux, sur une plage bien sûr…
Et puis, un jour de 2020, nous ressortirons de la salle. Nous regarderons autour de nous et découvrirons que nous avons dix ans de plus. Ce ne sera pas si grave.
Fabien Baumann.
POSITIF 588 | Février 2010

SOMMAIRE
L’ACTUALITÉ
Samuel Maoz
Lebanon
Chambre très obscure
Vincent Thabourey
Entretien avec Samuel Maoz
Ce que je recherchais avant tout, c’était des yeux, un regard
Michel Ciment et Franck Garbarz
Andrzej Wajda
Tatarak
Camera obscura, chambre pauvre
Élise Domenach
Entretien avec Andrzej Wajda
Le meurtre du père, la mort de l’époux
Michel Ciment et Hubert Niogret
Les noces de cinéma
de Jaroslaw Iwaszkiewicz et Andrzej Wajda
Konrad J. Zarebski
Bong Joon-ho
Mother
La mégère inapprivoisée
Franck Kausch
Entretien avec Bong Joon-ho
Plus de morale, plus de bien ou de mal, du pur instinct
Lorenzo Codelli
Jacques Perrin
Océans
Un rêve d’Icare
Philippe Fraisse
Entretien avec Jacques Perrin
Comment l’œil d’un poisson regarde-t-il le spectateur
Yann Tobin
Les films
Le Refuge
de François Ozon
Philippe Rouyer
Une exécution ordinaire
de Marc Dugain
Jean A. Gili
Lovely Bones
de Peter Jackson
Jean-Dominique Nuttens
Fantastic Mr. Fox
de Wes Anderson
Nicolas Bauche
Avatar
de James Cameron
Grégory Valens
Brothers
de Jim Sheridan
Eithne O’Neill
Le Temps des grâces
de Dominique Marchais
Pascal Binétruy
Notes sur les films de A à Z
Adama, mon kibboutz, Ander, L’Autre Dumas, C’est ici que je vis, Complices, La Dame de trèfle, 12, En eaux troubles, Ensemble, c’est trop, La Horde, In the Air, Kerity, la maison des contes, La Merditude des choses, Mr. Nobody, Ne change rien, Pas si simple, La pivellina, The Queen and I, Le Soliste, Sumô, La Terre de la folie, Une éducation, Une nouvelle ère glacière
PRÉSENCES
DU CINÉMA
Voix off
J’ai bien plus mal à la tête que Sun Wukong
Jia Zhangke
Bloc-notes
Décembre en cinéma
Michel Ciment
Chantier de réflexion
À l’ouest, du nouveau ?
Cinq cinéastes européens face au désert américain
Pascal Binétruy
La Gaumont
Jeunesse de la Gaumont
Alain Masson
Notes festivalières
BFI London Film Festival, 53e édition
Lyon 2009
Notes de lecture
L’Antiquité au cinéma : vérités, légendes et manipulations ;
Le Classicisme hollywoodien ;
Pas à pas dans la brume électrique et Bertrand Tavernier
Notre sélection DVD
L’Étrange Histoire de Benjamin Button de David Fincher
Classiques russes
Free Cinema