POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 
 

ÉDITORIAL

Après la mort du cinéma,

l’effacement de la critique  ?

Quatre films présentés dans la compétition cannoise sont en vedette dans ce numéro, soulignant une fois de plus l’importance de cette manifestation. Hormis Steven Soderbergh, révélé il y a vingt ans par ce même festival et couronné dès ses débuts par une Palme d’or pour Sexe, Mensonges et Vidéo, leurs réalisateurs ont tous émergé dans la dernière décennie. La verve iconoclaste de Paolo Sorrentino (Il Divo), le constat glacial sur l’état de l’Europe d’Ulrich Seidl (Import Export) et son cinéma de la cruauté, l’introspection implacable et la rigueur formelle de Nuri Bilge Ceylan (Les Trois Singes) attestent, auprès de certains qui en douteraient encore, de la vitalité d’un art et justifient le travail de découverte d’une revue comme Positif. Ils apportent un démenti cinglant à ceux qui, dans les années 80, annonçaient la mort du cinéma, Jean-Luc Godard en tête avec son prophète Serge Daney. Moins radical que son voisin de Rolle, Alain Tanner, lors de la conférence de presse qui suivit la présentation de LaVallée fantôme à la Mostra de Venise en 1987, affirma néanmoins que le cinéma ne pouvait plus raconter des histoires, faisant écho à son héros, metteur en scène en crise. Prendre son cas particulier comme exemple universel, décréter, les montagnes suisses devant sa fenêtre étant sous la neige, que le monde entier se retrouve givré, voilà l’un des dangers du discours esthétique comme métonymie.

Le grand dramaturge hongrois Ferenc Molnár, habitué à travailler la nuit et ne sortant de chez lui que vers midi, fut un jour convoqué au tribunal comme témoin. Se retrouvant aux aurores dans les rues de Budapest, il ne put que s’exclamer, en voyant des centaines de passants : « Tant de témoins ! » Cette anecdote plaisante (encore plus significative pour notre époque où domine le culte du narcissisme) devrait servir d’exemple à nos théoriciens qui ne cessent de légiférer sur l’avenir du cinéma –  quand ils n’annoncent pas son décès –, le destinant un jour à l’atonalité, un autre à la mélodie, une fois à la distanciation, une autre au vécu, au gré de leur caprice, de la mode ou de leur idéologie changeante. N’a-t-on pas vu les Cahiers du cinéma titrer le mois dernier « Bazin en Chine », référence sans doute, en l’inversant, à leur ancien slogan « Mao à Paris » ?

Tournant le dos au marxisme, mais aussi à Hegel qui annonçait la fin de l’Histoire, nos arbitres des élégances jugent aujourd’hui que l’inquiétude, le pessimisme sur l’avenir du cinéma ne sont plus de mise, si l’on en croit Serge Kaganski qui voit dans ces sentiments négatifs « des relents réactionnaires ». C’est donc avec une prudence bienvenue que Les Inrockuptibles ont organisé, du 3 au 7 décembre dernier au Centre Pompidou, rencontres, projections et tables rondes pour répondre à la question : « Où va le cinéma ? » Initiative passionnante, riche en discussions animées, avec son lot habituel de déclarations obsolètes, telle celle de l’Argentin Lisandro Alonso, « Le cinéma semble un peu mort aujourd’hui », qui ne parlait sans doute que pour ses films, semblable aux Cassandre que nous avons évoquées. Ce n’est plus tant la création cinématographique qui serait menacée, pour nos confrères, que l’avenir de la critique. Évoquant une presse « en crise perpétuelle », les Inrocks diagnostiquent « l’érosion naturelle du désir du lectorat pour la formule rodée de la presse cinéma spécialisée », constat curieux quand on sait la progression du lectorat d’une revue comme la nôtre, la popularité croissante du Masque et la plume, la présence de magazines comme Brazil ou Split Screen, sans parler des publications telles que Contrebande, Vertigo, Théorème, Éclipses, Trafic, Tausend Augen, Études cinématographiques, où l’analyse s’en donne à cœur joie.

Il est tentant, pour l’hebdomadaire culturel, d’opposer « la contre-proposition cybernétique, avec sa myriade de forums, sa constellation de blogs », à la presse écrite. Outre qu’il n’est pas si facile de se retrouver dans la forêt labyrinthique d’Internet (même si des voix se distinguent, comme celle d’Edouard Waintrop sur le site de Libération), il n’est pas certain que l’effacement programmé des supports traditionnels ne soit aussi illusoire que naguère la mort annoncée du cinéma.

Michel Ciment

POSITIF 575 | JANVIER 2009



SOMMAIRE


DOSSIER

New York

Impressions au cinéma


Les Petites Gens de New York

De King Vidor à Woody Allen

Michel Cieutat


Symbole de New York et de l’étranger

La statue de la Liberté au cinéma

Alexandre Tylski


Ici d’ailleurs

New York dans le cinéma des Européens, 1960-1980

Romaric Vinet-Kammerer


Necropolis

New York et le film criminel

Franck Kausch


Sous les toits de New York

Le New York de Sidney Lumet

Floreal Peleato


It’s a Wonderful Town!

ou les conditions d’un miracle

Marc Cerisuelo


Détruire New York…

Adrien Gombeaud




L’ACTUALITÉ


Nuri Bilge Ceylan

Les Trois Singes

Leçon de mise en scène: le hors champ

Grégory Valens


Entretien avec Nuri Bilge Ceylan

Je suis un caméléon

Michel Ciment et Yann Tobin


Steven Soderbergh

Che

Mythe ou symbole?

Jean A. Gili


Entretien avec Steven Soderbergh

Le Che conjuguait l’intellect

et la bravoure physique

Michel Ciment et Hubert Niogret


Ulrich Seidl

Import Export

Étranges étrangers

Yann Tobin


Stratégies de sortie de solitude

Matthieu Darras


Entretien avec Ulrich Seidl

Quelque chose de très humain

Michel Ciment et Philippe Rouyer


Paolo Sorrentino

Il Divo

Enquête sur un (autre) citoyen

au-dessus de tout soupçon

Lorenzo Codelli


Entretien avec Paolo Sorrentino

Entre la réalité et la beauté, je choisis la beauté

Jean A. Gili



Les films


Australia

de Baz Luhrmann

Louise-Michel

de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Plus tard tu comprendras

d’Amos Gitai

Frost/Nixon

de Ron Howard

Roman Polanski: Wanted and Desired

de Marina Zenovich

Le Miroir magique

de Manoel de Oliveira


Notes sur les films de A à Z

Agathe Cléry, Better Things, Choke, Choron, dernière, The Club, Des idiots et des anges, Les Enfants de Timpelbach, Et après, Fados, Frozen River, IFeel Good!, Luther, Mascarades, Mister Lonely, Nuit de chien, Parc, Pour elle, Slumdog Millionaire, Un barrage contre le Pacifique, Une fiancée pas comme les autres


PRÉSENCES DU CINÉMA


Voix off

Comment j’ai fait «La Pointe courte»

Agnès Varda


Bloc-notes

Novembre en cinéma

La fiction a toujours raison…

Christian Viviani


Chantier de réflexion

Sentinelles et scrutateurs

Deux visions, deux infinis

Floreal Peleato


Hommage


Xie Jin 1923-2008

À travers trois générations

Hubert Niogret


Guillaume Depardieu 1971-2008

L’éternel apprenti

Philippe Rouyer


Exposition

Dennis Hopper et le Nouvel Hollywood

Vincent Amiel


Notes festivalières

•Montpellier 2008, Cinéma méditerranéen

•Pordenone 2008, Le giornate del cinema muto

•Rome 2008


Notes de lecture

•Tabac & Cinéma, histoire d’un mythe

•Cette obscure clarté

•Star Wars: le Rebelle et l’Empereur

•Le Cinéma: naissance d’un art (1895-1920)


Notre sélection DVD


Angel de François Ozon

Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton


Jin-Roh de Hiroyuki Okiura

Lubitsch muet - Coffret 6DVD


Mémoires du cinéma français - 2DVD

La Trilogie de la jeunesse de Nagisa Oshima



CINÉMA RETROUVÉ


Cy Endfield

Cy Endfield, l’œuvre anglaise

La loi de la jungle (2e partie)

Michael Henry