POSITIF

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REVUE MENSUELLE DE CINÉMA

 
 

DOSSIER

Le cirque au cinéma


De Sjöström à Freaks

Jean-Loup Bourget


Le tabou des origines foraines

Xavier Jeudon


Saltimbanques et bureaucrates

Man on a Tightrope

Michel Ciment


La piste aux étoiles rouges

Valérie Pozner


La grimace livide

Le cirque chez Bergman

Franck Kausch


Le cirque fellinien

Yann Tobin


Quand le cinéma français s’invite au cirque

Pascal Binétruy


Entretien avec Pierre Étaix

L’état d’être clown

Emmanuel Dreux


Nikita Mikhalkov

Fabien Baumann


The Day the Clown Cried

Photographies d’Hubert Niogret





ÉDITORIAL

Une question de crédibilité

Le corps de ce numéro et celui du précédent ne pouvaient être plus dissemblables. Ce mois-ci trois metteurs en scène parmi les plus considérés, Jane Campion, Joel Coen et Clint Eastwood dont nous avons d’ailleurs suivi avec passion la trajectoire depuis leurs débuts, et qui nous offrent des films Bright Star, A serious man et Invictus confirmant leur immense talent. Le mois dernier, hormis Patrice Chéreau, trois réalisateurs méconnus voire inconnus, Bahman Ghobadi (Les Chats persans), John Hillcoat (The Proposition et La Route) et le débutant Yang Ik-June dont l’étonnant Breathless a été déprogrammé à la dernière minute pour ne sortir qu’en février, nouvel exemple de la désinvolture avec laquelle les grands groupes d’exploitation traitent les petits (et courageux) distributeurs. Ce contraste dans nos sommaires n’obéit qu’aux hasards des sorties et au plaisir aussi vif que nous pouvons prendre à des auteurs consacrés qu’à de nouveaux (ou quasi) venus. Il ne semble pas d’ailleurs que cela déroute nos lecteurs, la courbe des ventes de la revue ne connaissant guère de fluctuation majeure selon la notoriété ou non des œuvres et des artistes proposées. De même nos avant premières au Forum des Images enregistrent la même affluence qu’elles soient le Ruban Blanc ou les Herbes folles, auréolés de leurs prix cannois et de la célébrité de leurs metteurs en scène ou les Chats persans et Lebanon produits par des cinématographies vivantes, iranienne et israélienne, et d’un caractère plus pointu. C’est qu’il semble bien que le pacte fondé sur la confiance ou mieux la crédibilité qui devrait lier les lecteurs à une publication se confirme chaque mois avec Positif.

Pour analyser la crise que traverse aujourd’hui le cinéma d’auteur surtout lorsqu’il n’est ni américain ni français (ces deux cinématographies représentant près de 90 % de la fréquentation) on ne peut assurément faire l’économie d’une interrogation sur le rôle défaillant de la critique. Nous entendons par là celle – cinéphilique – constituée de bonnes plumes, de journalistes qualifiés disposant d’un espace notable tel qu’on le rencontre dans des quotidiens et hebdomadaires comme Le Monde, Libération, Télérama et les Inrockuptibles et qui devraient exercer un contrepoids aux lois du marché. Ainsi des articles unanimement dithyrambiques dans des colonnes conséquentes, parus dans ces quatre publications, lus par trois millions de lecteurs consacrés à Visage de Ming-liang et à Kinatayde Brillante Mendoza (auréolé de plus d’un prix de la mise en scène au Festival de Cannes) n’ont entraîné en deux semaines sur la France que 4591 spectateurs pour le premier et 6821 pour le second soit une moyenne d’un spectateur pour six mille lecteurs. L’application aveugle de la politique des auteurs pour deux œuvres aussi problématiques montre les limites d’une critique qui cesse d’être prescriptive. Il est ironique que ces deux films aient été traités par des notules défavorables dans les deux mensuels cinéphiliques Positifet les Cahiers du Cinémace qui semble bien augurer, par cette liberté retrouvée, de l’évolution annoncée de notre  confrère. Au crépuscule de la lugubre ère Frodon ne trouvait-on pas dans cette même revue (juillet-août 2009) cette opinion péremptoire exemple du fossé qui se creusait entre rédacteurs et lecteurs : « quels sont les auteurs français importants ? Il n’y en a pas dix mille. Rabah Ameur-Zaimeche, Werner Schroeder, Tariq Teguia, Alain Guiraudie. Ce carré d’as forme un fil unique, le plus digne de notre admiration ». Outre le détail piquant d’annexer un réalisateur allemand pour arriver péniblement à fermer le carré on pourrait ajouter qu’il y en aurait au moins vingt autres et plus essentiels : Cavalier, Varda, Resnais, Chéreau, Chabrol, Doillon, Tavernier, Miller, Corneau, Desplechin, Ozon, Dumont, Ferran, Kechiche, Masson, Lvovsky, Depardon, Audiard, Assayas, Kahn et tutti quanti.

Cet élitisme produit en retour son effet boomerang : le populisme, l’un et l’autre étant le fléau de la vie culturelle française, le second en nette expansion : publication régulière dans la plupart des gazettes des résultats du box-office qui rappelle en permanence les titres des plus grosses recettes et conséquemment absence des films au succès moindre, souvent recommandés dans les mêmes colonnes mais désormais voués à l’oubli des lecteurs ; pavés publicitaires vantant les indices de satisfaction mirobolants et fictifs censés désavouer le critique ; citations entre guillemets peuplées d’adjectifs extatiques mais sans origine. Ce retour en fanfare, amplifié par l’internet, de la vox populi, bien dans l’air d’une époque davantage gouvernée par les sondages que par la réflexion, oublie une chose : il arrive aux spectateurs comme aux critiques de se tromper et la quantité n’est pas obligatoirement indice de qualité. Et de nous souvenir de la phrase immortelle de Max Ophuls : « À force de courir après le public on ne voit plus que son cul ».

Michel Ciment

 

POSITIF 587 | Janvier 2010



SOMMAIRE


L’ACTUALITÉ


Joel et Ethan Coen


A Serious Man

La chat est-il mort ?

Fabien Baumann


Entretien avec Joel et Ethan Coen

On aime les histoires polonaises qui se terminent en anglais

Élise Domenach


Jane Campion


Bright Star

Et vivre ainsi toujours, ou défaillir dans la mort

Alain Masson


Entretien avec Jane Campion

Le point de vue d’une rebelle amoureuse

Michel Ciment


Clint Eastwood


Invictus

Le cœur n’est plus noir

Fabien Gaffez


Entretien avec Clint Eastwood

Le monde a besoin de leaders comme Mandela

Michael Henry



Les films


Qu’un seul tienne et les autres suivront

de Léa Fehner

Nicolas Bauche


Agora

d’Alejandro Amenábar

Florent Fourcart


Tsar

de Pavel Lounguine

Jean A. Gili


Gainsbourg (vie héroïque)

de Joann Sfar

Grégory Valens


Coco Chanel & Igor Stravinsky

de Jan Kounen

Eithne O’Neill


Accident

de Soi Cheang

Lorenzo Codelli


Shirin

d’Abbas Kiarostami

Alain Masson



Notes sur les films de A à Z


Au loin des villages, Le Bel Âge, La Boutique des pandas et Malin comme un singe, Contes de l’âge d’or, Cracks, Le Dernier Vol, Le Drôle de Noël de Scrooge, La Fille la plus heureuse du monde, La Fin de la pauvreté ?, Gamines, Gigantic, Honeymoons, Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse et la mandarine, Max et les maximonstres, Oscar et la dame rose, Padre nuestro, Paranormal Activity, Le Père de mes enfants, Plein Sud, Solomon Kane, Strella, Treeless Mountain, Un conte finlandais, Une petite zone de turbulences, Une vie toute neuve



PRÉSENCES

DU CINÉMA


Voix off


Ruy Guerra 80

Glauber Rocha


Bloc-notes


Novembre en cinéma

Aire entre brume et frime

Alain Masson


Chantier de réflexion


Figure d’obsidienne

Réflexions sur la violence dans 5 films américains récents

Eithne O’Neill


Hommage


Gianfranco Mingozzi 1932-2009

Du documentaire à la fiction

Jean A. Gili


Notes festivalières


Pordenone 2009, Le giornate del cinema muto

Montpellier 2009, cinéma méditerranéen

Annecy 2009, cinéma italien

Notes pour Rome 2009


Notes de lecture


Al Pacino, le dernier tragédien ;

Bric-à-brac, du cauchemar réel au réalisme magique ;

Jane Campion ;

Tambour battant. Mémoires ;


Notre sélection DVD


The Regeneration de Raoul Walsh

Sa Majesté des mouches de Peter Brook


Comédies italiennes


Guy Gilles et Marguerite Duras

Une histoire du cinéma israélien de Raphaël Nadjari



CINÉMA

RETROUVÉ


Gordon Douglas


Douglas redux

Sur quelques films de Gordon Douglas

Jean-Pierre Coursodon


Films


Occupe-toi d’Amélie et Le Diable au corps

de Claude Autant-Lara

Yannick Lemarié


Scènes de chasse en Bavière

de Peter Fleischmann

Éric Derobert